Atelier d’écriture : créer un jeu d’aventure textuel

Dans la vie, mon dada, c’est écrire. Alors forcément, les ateliers d’écriture en bibliothèque, c’est un truc qui me botte plutôt bien.

Comme mon autre dada, c’est le jeu vidéo, faire un atelier qui permet de mêler les deux m’a paru intéressant. Allez, prenez un café et un croissant, on est partis pour un atelier d’écriture ludique.

Jeu d’aventure quoi ?

Avant toute chose, revenons sur ce qu’est un jeu d’aventure textuel. C’est un peu l’ancêtre du jeu vidéo tel qu’on le connaît aujourd’hui, à la croisée des chemins entre le jeu de rôle papier et les jeux vidéo à choix multiple façon The Witcher ou bien les jeux TellTale. Vous avez certainement déjà joué à des jeux de ce type sur format papier : la série des Livres dont VOUS êtes le héros en fait partie par exemple.

L’idée de base est donc de laisser le choix au lecteur/joueur des actions à réaliser et du déroulement de l’histoire. Un exemple : « Vous arrivez devant le dragon.

A – Le combattre

B – Fuir comme un.e lâche »

En version numérique, il existe de nombreux logiciels permettant de créer ce genre d’histoire, mais on retiendra surtout Twine, qui se trouve être à la fois simple et très complet.

Débuter l’atelier

Expliquer le principe des livres dont VOUS êtes le héros. Vous pouvez relier aux jeux de rôle papier, aux jeux vidéo, et à vos collections.

Personnellement, je commence souvent en montrant un exemple de ce qu’on peut faire, ou bien en les faisant jouer à un jeu d’aventure textuel que j’avais réalisé à Choisy-le-Roi pour la médiathèque (disponible ici).

Présenter l’outil : Twine.

Twine est un logiciel en « open-source ». Cela signifie que les créateurs ne le vendent pas : ils l’ont créé pour que chacun puisse l’utiliser, et éventuellement l’améliorer.

Vous pouvez donc le trouver gratuitement sur internet et l’utiliser à la maison.

Comment fonctionne Twine ?

Tous les tutos dont vous aurez besoin sont sur le wiki de Twine : https://twinery.org/wiki/

  • Montrer comment fonctionne l’arborescence
  • Montrer comment ajouter une case
  • Montrer comment ajouter un choix
  • Montrer ce que ça donne en jeu

On a déjà les bases pour commencer !

Twine est un logiciel puissant qui peut permettre d’aller beaucoup plus loin dans ses fonctionnalités. Mais pour commencer, on peut se contenter de ses fonctions basiques.

Il est temps d’écrire !

Deux formats d’atelier à tester.

Tous pour un, et un pour tous

Tous les enfants écrivent le même jeu : il s’agit d’un atelier d’écriture collaboratif. La difficulté sera peut-être de leur faire faire des compromis entre les choix des uns et des autres. Lors des désaccords, prévoir un moyen ludique de régler le différend (pierre papier ciseau, dés, jeu de cartes…).

  • Trouver l’idée de base (univers, héros-ïne, quête)
  • Trouver l’objectif
  • Écrire la situation initiale. Ce doit être des phrases courtes.
  • Chaque désaccord et géré par un jeu
  • Écrire les choix présentés au joueur
  • Guider les enfants dans l’écriture : ils peuvent se perdre dans l’arborescence, à l’animateur d’y mettre de l’ordre
  • Selon l’âge de votre public, il vaut peut-être mieux que ce soit l’animateur qui écrive. Le but n’est pas de confronter l’enfant face à ses lacunes en orthographe mais au contraire de faciliter le processus d’écriture en lui laissant la partie « imaginative » et en prenant en charge la partie « technique » dans un premier temps.

Méthode un peu compliquée à gérer avec beaucoup d’enfants. Ne pas hésiter à faire des choix qui emmènent à la mort, ou à un choix précédent, afin de limiter l’arborescence et gérer le temps d’animation.

Matériel

Plus facile à gérer avec un vidéo-projecteur.

Un ordinateur, un tableau avec feutre pour noter les idées, papier, crayon…

Chacun pour soi

Seuls ou par groupes de 2-3, les participant.e.s écrivent chacun leur scénario. Le.a bibliothécaire doit aller d’un groupe à l’autre pour aider à avancer.

! Nécessite davantage de PC portables

! Attention à bien gérer le temps : l’écriture peut être plus laborieuse.

Il est possible de décider d’une base commune au préalable.

Pour finir, on joue.

On conclut en jouant tous au.x jeu.x créé.s.

Retour d’expérience

J’ai eu l’occasion d’animer deux séances sur Twine. Mes ateliers « Coder une histoire » sont parvenus à attirer quelques enfants curieux, mais moins que les autres ateliers créatifs que l’on peut proposer par ailleurs : l’aspect peu visuel de cette animation passe moins bien, malgré le côté ludique. N’hésitez pas dès lors à instaurer une ambiance forte pour contrebalancer le côté « scolaire » d’un atelier d’écriture.

Le premier test s’est fait en version « chacun pour soi ». Cette version comporte une grosse problématique à mon sens, car elle met l’enfant face à la difficulté d’écrire. Tous n’avaient pas le même niveau, et si cette façon de faire convenait très bien aux plus avancés et permettait de prendre en main soi-même le logiciel, ce n’est peut-être pas la meilleur approche pour une découverte de Twine et des jeux narratifs. Je conseillerais donc plutôt cette version pour des groupes déjà avertis, ou dans le cadre d’un partenariat avec une classe.

Pour la seconde séance, j’ai donc décidé de changer mon fusil d’épaule. J’ai davantage travaillé sur l’ambiance en axant totalement l’atelier vers un univers fantasy, jouant sur la décoration et le son à l’aide de musiques d’ambiance trouvées sur youtube. L’immersion était ainsi plus forte, bien qu’il manquait toujours un côté visuel à la chose ; l’aspect sonore avait aussi l’avantage d’attirer davantage le public « séjourneur » de la médiathèque.

Puisque je prenais en main l’écriture, les idées ont fusées bien plus vite et nous avons mis au point une histoire plus ambitieuse que pour le premier atelier. Afin de donner une vue sur l’arborescence, j’ai utilisé le vidéoprojecteur de notre salle d’animation ; le côté négatif étant que cela enfermait l’atelier dans une salle, me coupant d’une partie du public potentiel.

Même si le public a été moins nombreux lors de cette seconde tentative, qualitativement c’était un véritable progrès. L’ambiance instaurée y était sans doute pour beaucoup, et les enfants ont pu s’approprier bien plus efficacement l’histoire, moins limités par leurs compétences en orthographe.

Une pièce plongée dans le noir, une musique inquiétante, quelques crânes en plastiques et la peluche d’un chat rapiécé… À vous de créer votre ambiance de MJ (Maître du Jeu)/animateur d’atelier !

Lors des deux animations, des parents étaient présents et ont beaucoup apprécié l’expérience. À la fin de la séance, ils jouaient le jeu réalisé par les enfants, ce qui permet de mettre leur travail en valeur. Les ateliers d’écriture interactifs de ce type me paraissent avoir un fort potentiel intergénérationnel… À creuser dans ce sens pour les prochaines expériences !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *