Que faire avec une tablette ? – le stop-motion

Quand je suis arrivé sur mon poste actuel, il était prévu que je bosse sur la médiation numérique, que je « prépare le terrain » à de gros bouleversements en matière d’outils et de formats d’animation. Forcément, j’ai pensé Makey Makey, Arduino, robotique, TouchBoard.

Sauf que, ce matériel, vous ne l’avez peut-être pas dans votre médiathèque. Peut-être que vous n’avez même pas de PC exploitable. Peut-être que passer une commande de matériel est un projet de longue haleine, peut-être même qu’il n’y a absolument plus de budget pour ça, mais que la demande des élus/responsables/collègues (rayez la mention inutile) est trop urgente pour attendre un projet sur l’année prochaine.

J’ai pas mal de connaissances dans le milieu des bibliothèques qui bavent de jalousie en voyant les thécaires parisiens et banlieusards organiser des ateliers de création numérique avec tout ce matériel là quasiment inaccessible pour eux. « Mais vous avez quoi sous la main, comme matériel ? » que je demande. « Bah, des tablettes », qu’ils répondent. « Et c’est tout. »

ça me faisait doucement rigoler quand j’étais moi-même un de ces thécaires parisien/banlieusard favorisé, mais lorsque je me suis retrouvé à leur place, j’ai ris vâchement moins fort, et vâchement plus jaune. Mais tel le cafard, le bibliothécaire du dimanche s’adapte ; voici donc quelques idées d’ateliers réalisables avec des tablettes, et c’est tout.

De Wallace et Gromit à LEGO : le stop motion

Le stop-motion est loin d’être une nouveauté, puisque cette technique est quasiment née avec les effets spéciaux au cinéma. Avec la démocratisation des pratiques culturelles, internet et youtube, les films en stop motion amateur se sont mis à pulluler. Si vous êtes né vers la fin des années 80, il y a de fortes chances que vous ayez touché à cette pratique étant gamin.

De nombreuses bibliothèques se sont également emparé de ce média, comme à Alfortville, la médiathèque départementale de la Somme, et plus récemment la médiathèque Louise Michel qui utilise régulièrement ce format pour communiquer sur ses évènements.

Le stop motion, c’est quoi ?

Le stop-motion, ou « animation en volume », est un procédé cinématographique permettant d’animer des objets. Le principe est sensiblement le même que pour les films d’animation : on prend un objet en photo, que l’on déplace légèrement de photo en photo, et l’on compresse les images en 24 images/secondes, donnant ainsi l’illusion d’un mouvement.

Matériel requis

  • Matériel à animer (légos, playmobiles, pâte à modeler, fil de pêche, pâte à fixe…)
  • Tablette iOS ou Android/téléphone portable

Quel appli pour faire du stop-motion ?

S’il est tout à fait possible d’utiliser un appareil photo numérique ou la simple fonction « photo » de votre téléphone/tablette, puis d’importer le tout sur ordinateur et travailler ensuite sur le montage, je préfère pour cet atelier utiliser une application dédiée, généralement plus facile à prendre en main qu’un logiciel de montage.

Je vous conseille iMotion pro (4.49 € sur l’app store) sous iOS. Je n’ai pas testé pour Android, mais une rapide recherche devrait vous permettre de trouver un équivalent.

Le fonctionnement d’iMotion pro est assez simple : vous choisissez le mode « manual » et prenez une première photo, puis une seconde, etc. Lorsque votre scène est terminée, vous pouvez choisir le nombre d’image par seconde et ainsi décider de la vitesse des « mouvements » de vos personnages.

Il est également possible de rajouter du son afin de créer des dialogues et/ou des bruitages. Attention, le son doit être pris en une seule fois, et il n’est pas possible de modifier le nombre d’image/secondes une fois la prise son effectuée… cela demande un peu de précision !

Déroulé de la séance

  • Début de séance sans matériel : présenter le principe de stop motion, montrer une ou deux vidéo, donner quelques exemples de films réalisés avec ce procédé.

Quelques références que vous trouverez certainement dans vos collections : l’étrange noël de monsieur Jack, Kubo et l’armure magique, Coraline, Shaun le mouton, Wallace et Gromit

J’aime bien utiliser les vidéos de Panique au village, drôlement stupides et assez parlante visuellement, puisqu’elle met en scène des jouets. Essayez en tous cas de choisir un court métrage facile à décortiquer au niveau des techniques utilisées (comment fait-on les liquides, les éclaboussures, comment faire « léviter » des objets, comment fait-on la neige, etc).

  • Constituer des petites groupes de 2 à 4 enfants maximum. Avant de leur donner une tablette, leur demander de réfléchir à un scénario.

À la base je demandais aux enfants d’écrire le scénario, mais selon l’âge de votre public, cela peut être plus ou moins long et houleux. L’objectif de cette animation n’est pas d’apprendre à écrire mais de débrider son imagination, et l’écriture peut être davantage un frein qu’un support, selon l’âge, la classe sociale, l’éducation, le niveau à l’école, etc.

Laissez-les jouer avec les jouets. C’est ce qu’un enfant sait faire de mieux. Essayez en revanche de les guider dans l’étape de leur scénario : la plupart ont tendance à imaginer des scènes au fur et à mesure, sans penser à toutes les petites étapes.

Par exemple, si deux guerrières doivent combattre, il faut d’abord qu’elles dégainent l’épée, puis qu’elle s’approchent : chaque pas sera le résultat d’une photo une fois tablette en main.

N’hésitez pas à papillonner d’un groupe à l’autre, quitte à laisser un groupe partir en roue libre quelques instants. Ces moments sont précieux pour leur permettre de s’approprier l’animation.

  • Chercher un décors : envoyez les enfants chercher un album ou un documentaire jeunesse avec de grandes images.

Double intérêt de fouiller dans les collections et manipuler les livres, et de trouver un usage détourné des documents de la bibliothèque ! Vous poserez ensuite le document ouvert en fond de votre « scène », afin de créer le décors. Un peu de pâte à fix devrait permettre à l’ouvrage de tenir tout seul.

Cet aspect de l’animation permet en plus de rattacher vos collègues à l’animation, puisqu’ils devront certainement aider les enfants dans leurs recherches. Avec un peu de chance, ils viendront jeter un oeil à la suite de l’atelier et se porteront même volontaire pour animer le prochain… ce qui est le meilleur moyen de faire vivre vos animations par la suite.

  • Distribution des tablettes et explication des fonctions de base de l’application.

N’hésitez pas à voler d’un groupe à l’autre pour résoudre des problèmes techniques ou montrer comment rendre un déplacement plus réaliste (faire avancer un personnage d’une grande distance d’un seul coup parait logique aux enfants, mais pas au spectateur, qui aura l’impression d’une « téléportation »).

Essayez de caler les tablettes pour qu’elles bougent le moins possible afin d’éviter une image tremblotante.

  • Ajouter les bruitages

Cette partie demande un peu plus d’aide de la part du bibliothécaire, vous pouvez faire les premiers bruitages vous-mêmes pour donner un exemple, puis permettre à l’enfant de recommencer. Essayez de trouver des « astuces » comme tapoter sur la table pour le bruit des pas ou taper dessus lorsqu’un objet lourd tombe.

Si des enfants ont déjà fini, vous pouvez leur demander de montrer aux autres comment faire !

  • Film terminé : on range le matériel et on cède sa place à d’autres volontaires.

Sur la fin de la séance, j’aime bien conclure avec un petit making off de cette merveille qu’est Kubo et l’armure magique. Une fois qu’ils se sont escrimés à faire de petites vidéos de quelques minutes, voir ce que ça donne dans les mains de professionnels permet de prendre conscience de tout le travail derrière la moindre scène.

Si vous disposez d’une Bibliobox, vous pouvez ajouter les créations des enfants afin que les parents puissent venir les télécharger. Ce sera l’occasion de présenter un autre service de la médiathèque et cela mettra en valeur le travail des enfants ; un excellent moyen de fidéliser votre public. Pensez dans tous les cas à un moyen de restitution ou de mise en avant du travail effectué. Même si les courts-métrages obtenus seront de qualité très variée, les laisser sombrer dans l’oubli peut décourager les participants.

Et voilà, ce sera tout pour ce matin ! N’hésitez pas à jeter un œil aux retours des autres -thécaires pour améliorer cette proposition d’atelier !

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