De Gondry au DIY : pourquoi on aime bricoler

Avant toute chose, permettez moi de sonner le cor et la trompette, car le bibliothécaire du dimanche est de retour !

-Thécaires de tout poil, animateurs et internautes perdus sur le world wide web, papa, maman, bonjour. Ce dimanche, nous allons parler d’un sujet qui me tient à cœur à la fois sur le plan personnel et sur le plan professionnel : le bricolage. Et un peu de cinéma aussi.

Le bricolage, la bidouille, les « ateliers créatifs », bref, le DIY (Do It Yourself), les médiathèques s’en emparent de plus en plus depuis quelques années. On voit ci et là apparaître des FabLabs dans nos précieux temples du savoir, on voit des partenariats émerger autour d’ateliers créatifs, et il y a même depuis deux ans maintenant le festival Pas Sage En Seine qui a pris place à la médiathèque de Choisy le Roi, faisant la part belle à la culture du libre et du bidouillage.

Mais dis moi Jamie, ça vient d’où, cet amour pour le bricolage ? Les bibliothécaires, c’étaient des bricolos en fait ?

Il ne vous aura pas échappé, avec les derniers débats tumultueux sur les réseaux sociaux, que les médiathèques changent progressivement leur fusil d’épaule : d’un métier centré sur les collections, on passe à un métier centré sur les publics, on parle de troisième lieu, ou de tiers lieu. Il est donc moins question de présenter une offre documentaire couvrant tous les sujets que de créer un lieu à l’image des publics, où ils pourront se rencontrer, se découvrir, apprendre à se connaître eux-mêmes. Dans un lieu de culture, les armes de lien social sont multiples : on peut échanger à partir d’un roman, d’un jeu vidéo, d’une musique. Comme le dit Xavier Galaup, président de l’ABF, le document reste d’ailleurs nécessaire aux médiathèques :

La bibliothèque reste un lieu où l’on accédera à la culture à travers des documents, qu’il s’agisse de livres, de CD, de DVD

Le fait que les documents soient créateur de lien est indéniable ; mais il y a d’autres supports d’échange que les médiathèque peuvent explorer. Toujours de Xavier Galaup :

Les usagers viennent pour autre chose, c’est à nous de les associer à la vie de la bibliothèque, dans la mesure où les projets sont culturels et ont du sens pour l’établissement. Des gens qui viennent échanger sur des langues, par exemple, pour de l’apprentissage, la projection d’un film documentaire suivie d’un débat ou des jeux vidéo qui éviteront aux jeunes de rester seuls dans leur chambre.

(On passera sous silence le fait que le jeu vidéo soit associé à « rester seul dans sa chambre »)

L’un de ces supports d’échange à explorer, je le retrouve particulièrement dans certains films de Gondry, il s’agit de l’esprit « Do It Yourself ».

C’est l’amour d’un collègue pour le cinéma de Gondry qui m’a emmené à visionner Be kind, rewind (coucou julanimtic). Ça a été une sorte de révélation, un parfait appel du pied à ce qu’était en train de devenir mon métier.

Alors pour ceux qui n’auraient pas eu la chance de voir cette super comédie (déjà, foncez l’emprunter dans votre bibliothèque), un court synopsis :

« À Passaic, dans le New Jersey, Mike est l’employé de Be Kind Rewind, le vidéo-club d’Elroy Fletcher, son père adoptif. Alors que monsieur Fletcher est parti quelques jours étudier les méthodes de la concurrence, la totalité des cassettes VHS de la boutique est effacée par Jerry, un ami de Mike, qui a été magnétisé en tentant de saboter une centrale électrique. Pour sauver le vidéo-club de la faillite et satisfaire la demande des plus fidèles clients, les deux hommes décident de réaliser eux-mêmes les remakes des films effacés. » – Wikipédia.

Ce film est une ode au bricolage et au DIY.

Tout au long du métrage, on assiste aux bidouillages de Mike et Jerry, à leur imagination débordante pour réaliser leurs « suédages », leurs remakes de films populaires. On retrouve cette passion pour le « fait-main » dans le dernier film de Gondry (que je vous conseille chaudement), Microbe et Gasoil, qui nous narre l’histoire de deux gamins décidant de partir sur les routes, à bord d’une voiture-cabane bricolée par leurs soins. De façon plus générale, beaucoup d’effets spéciaux de ses films ont ce côté « bricolé », je pense notamment à son adaptation de L’écume des jours.

À travers cette direction artistique du bricolage, Gondry fait son boulot de réalisateur, il fabrique du rêve. Et surtout, il communique cette passion là, cette envie de faire quelque chose de ses dix doigts, et tant pis si ça a l’air tout rafistolé – l’important, c’est pas tant la forme finale que le processus de création lui-même.

ça m’a frappé, disais-je donc, durant mon visionnage : mon boulot, petit à petit, avait changé. À présent, il s’agit de bricoler du rêve. De prendre des outils en main, de noter des idées sur des bouts de papier et de voir quel projet farfelu je vais pouvoir en tirer. Il s’agit de donner le goût de cette création hasardeuse à mon public.

Et voilà qu’on balance des ateliers bidouille, apprentissage du code, origamis, makey makey et autre arduino à tout va dans les bibliothèques ! Mais pourquoi donc ? Quel rapport avec la Culture avec un grand C ?

M’est avis que lorsque l’on fabrique quelque chose, que l’on voit un objet prendre peu à peu vie, lorsqu’on découvre le plaisir malicieux de voir d’autres personnes s’en émerveiller, on fait un bond monumental dans son appréhension de la culture. Car pour fabriquer, pour imaginer, il va nous falloir une bonne dose de curiosité, il va falloir de nombreuses sources d’inspiration (tout comme Mike et Jerry avec leurs remakes). Les ateliers créatifs en bibliothèques s’appuient avant tout sur la culture, qu’elle soit classique ou contemporaine ; on emmène le public non plus à la recevoir mais à la pratiquer, à en faire l’expérience. C’est une porte d’entrée extrêmement efficace. Ce n’est pas tout :lorsque l’on fabrique, il y a un côté pour soi, puisque l’on est dans une démarche de loisir ou d’utile, il y a aussi un côté pour l’autre, puisque l’on créée bien souvent un dispositif à l’intention d’un public (qu’il s’agisse d’un élément décoratif ou interactif, c’est dans le regard de l’autre qu’il prend son sens). L’objet créé va ainsi faire du lien entre moi et l’autre… oh tiens, on parlait pas de lien social plus haut?

Alors, oui, pour les -thécaire déjà rompu à l’art du DIY, je ne vous apprend rien de neuf ; et pour les autres, même soupe, on entend ça tous les jours de la part de nos collègues, « le métier change, blablabla ». Mais force est de constater que ce changement de métier, il ne se fait pas toujours facilement, parfois dans la douleur, parfois dans la peur de ne pas parvenir à maîtriser tous les tenants et aboutissants de cette évolution.

Ce site, que je fais un peu renaître de nulle part, il se veut comme un guide, partant de mes expériences professionnelles et de mes réflexions personnelles. Sans doute pas LE guide à suivre à la lettre, mais au moins un petit mic mac de retours d’expériences et d’idées en vrac pour vous aider dans vos projets, vos animations, pour tenter d’appréhender les changements qui opèrent dans notre petit monde de bibliothécaires.

 

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